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Madame Le Corbeiller s'éloignait...
Mme Le Corbeiller s’éloignait pour rejoindre le jeune homme, qui avait répondu à ses oeillades. Bistoquette, une des danseuses, au visage fardé, mais jolie tout de même, avec sa blonde coiffure à la japonaise, sous une toque de soie dorée, lui coupa le chemin :
— Pourquoi que vous cherchez à me lever mon amant, espèce d’andouille ?
— Je n’ai pas de comptes à vous rendre ! répliqua la générale.
— Avec ça que vous ne lui faisiez pas de l’oeil à Ovide, pendant la danse de Pattes-en-l’air et du Déhanché ?... Si tu crois te payer la gueule de Bistoquette, ma fille, t’as tort… Non, là, vrai, tu ne t’es pas levée assez matin, grande bringue !
Antonia se dressait de toute sa hauteur :
— Je vous avertis que si vous vous obstinez à me barrer le passage, je n’aurai besoin de personne pour vous corriger ?
— Essaie donc !
Mais, comme elle observait plus attentivement la danseuse, Mme Barbe-Bleue devint moins agressive ; ses regards se firent moins rouges, et tout bas, près de Bistoquette, elle murmura :
— Vous êtes jolie, mademoiselle, très jolie, et au lieu de nous disputer, nous ferions mieux de nous entendre… Demain, êtes-vous libre ?
Bistoquette lança, glapissante :
— En voilà une éplucheuse de lentilles! Adresse-toi à Grosses-Lèvres ou à la Poubelle ou à d’autres grues qui mangent de ce pain-là… Moi, c’est pas mon genre !... Ah ! tu cherches à me prendre mon amant de coeur et tu viens ensuite me faire des propositions malhonnêtes !... Assez, charogne !... Hors d’ici, où tu vas trinquer !
Elle s’apprêtait à bondir contre sa rivale, et la foule qui s’amassait d’elle et d’Antonia l’allumait par ses rires et ses cris, lorsque deux bras robustes saisirent à la croupe Bistoquette et, l’enlevant, la jetèrent en un espace vide, au loin.
Dans l’homme qui intervenait, Mme Barbe-Bleue reconnut Trimardon avec lequel elle avait échangé signes.
Il lui offrit son bras :
— Venez, madame !
La fille s’était relevée, et elle hurlait à son amant qui s’éloignait avec la générale :
— Je te remoucherai, espèce de barbeau !... A-t-on jamais vu un dos-vert en habit noir, et de ce calibre ? Eh ! couche avec elle, si ça te chante, mangeur… et vends-la, fais-la casquer d’autor !... Elle doit avoir le sac, la magnuce ! (lesbienne).
Sur ces derniers mots, Bistoquette roulait à terre en proie à une crise hystérique et poussait des hurlements de bête qu’on égorge.
On l’emporta, et pendant que les spectateurs se rangeaient devant un cortège romain, arrivant au bruit des fanfares, Trimardon et Mme Le Corbeiller marchaient bras dessus, bras dessous, vers les endroits déserts.
L’homme salua, au passage, l’amant de Zozo, le duc Melchior de Javerzac, et il interrogea la belle :
— Pourquoi es-tu venue si tard ?
— J’ai été retenue chez moi, par une affaire, une affaire… sérieuse, dit la misérable, songeant à son crime.
— Te décides-tu aujourd’hui à me dire comment tu te nommes ? Déjà, tu sais tout de moi ; tu sais que je m’appelle Ovide Trimardon… que je suis ancien donneur de poses photographiques… actuellement commissionnaire en marchandises et journaliste… que je demeure rue de Londres… Tu connais ma garçonnière, et, moi, je ne sais absolument rien de toi...Vraiment, ma chère, tu es trop mystérieuse !
— Pourvu que je t’aime et le prouve… qu’est-ce que cela peut te faire ?
— Cela me désoblige !... On se livre, et il n’est pas agréable de voir les autres se réserver !... Es-tu une grande dame ?... Une actrice ?... Un demi-castor ou une horizontale ?
— Cherche !
— J’inclinerais pour une grande dame…
— Merci. Et pourquoi ?
— Parce que la petite maison où tu m’as mené, lors de notre premier rendez-vous, il y a quinze jours, est d’un cachet tout à fait aristocratique !... Une tour de Nesles, réduction Collas, et avec d’originaux et modernes ouvrages… Mais, j’espère pour moi que tu n’es pas une Marguerite de Bourgogne ?
— Marguerite de Bourgogne avait du bon !... Elle savait aimer !
— Oui, mais elle allait un peu loin dans l’épilogue de ses amours !... Dis-moi seulement ton petit nom ?
— Appelle-moi comme tu voudras... Qu’importe l’étiquette, si la liqueur est digne d’éloges !
— Oh ! pour ça, excellente !... Tu soupes avec moi ?
— C’est convenu, depuis l’autre soir... mais il faudra que je te quitte avant le jour…
— Nous verrons !... Toujours des mystères ?
— C’est à prendre ou à laisser ?
— Je prends, alors !... Où veux-tu que nous soupions, ma chérie ?... Sur les grands boulevards ?... A l’Egyptien ?...
— Non… dans le quartier…
— A la Nouvelle-Athènes ?... Au Rat-Mort ?... A l’Abbaye de Thélème ?...
— Va pour l’Abbaye de Thélème !...
Les deux amoureux longeaient des tables regorgeant de consommateurs : à l’une de ces tables, un monsieur offrait du Champagne à une demi-douzaine de filles, parmi lesquelles se trouvaient la Poubelle et Grosses-Lèvres, l’une et l’autre orgueilleuses de leurs performances, noiraudes teintes au henné, des rivales en chorégraphie de Zozo Pattes-en-l’air et de Bistoquette, et les meilleures élèves de la Goulue et de Grille-d’Egout.
Celui qui payait à boire était un vieux gentilhomme soigné et parfumé comme une petite maîtresse, avec de grands favoris blancs, allongés sur les revers soyeux d’un habit noir, en l’entre-bâillement du pardessus marron, la boutonnière ornée de la rouge rosette ; coiffé d’un haut-de-forme brillant, il avait le nez pointu et relevé des « fureteurs », les paupières bistrées, et un monocle d’or s’incrustait dans son arcade sourcilière gauche.
— Avec ça que nous ne savons pas toutes ici que tu es un marquis, un vrai, mon chien-chien ! dit la Poubelle , en caressant les neigeux favoris du vieillard.
— Et que tu t’appelles Valentin de Beaugency, ajouta Grosses-Lèvres, et même tu habites un hôtel épatant aux Champs-Elysées !
— Et après ? fit, aimable, le vieux gentilhomme.
— Après ? Ça ne t’empêche pas d’être un goteur et de venir ici renifler les cotillons des petites femmes !
— Est-ce qu’elles ont à se plaindre de moi, ces demoiselles ?
— Il n’y en a pas un comme toi, et tu es le plus chic michet du Moulin !
Et baissant sa tête dorée vers la figure sèche du vieux, la Poubelle insinuait, câline :
— Cette nuit, veux-tu ?
M. de Beaugency ne répondit pas ; il observait Mme Le Corbeiller qui passait, sans le voir, au bras de Trimardon, et il semblait tellement ahuri que toutes les filles éclatèrent de rire. Habituellement, Mme Barbe-Bleue changeait sa coiffure et mettait une voilette pour ses escapades.
— Tiens ! voilà le marquis en arrêt devant la rivale de Bistoquette ! s’esclaffa Grosses-Lèvres.
Le gentilhomme psalmodiait, toujours bizarre :
— Est-ce bien elle ? Est-ce Mme Antonia ? Est-ce la générale Le Corbeiller ?... Mais, non !... Elle ici ?... Je me trompe !... J’ai la berlue !... C’est impossible !
— Allons, bébé, reprit la Poubelle , viens ?... Tu as l’air tout chose, depuis que tu as reluqué la grande rousse... Ça te passera au dodo... Viens !
Antonia et son galant s’étaient éclipsés.
Le marquis demanda à la Poubelle :
— Tu connais cette citoyenne ?
— Pas du tout !
— Et le monsieur qui l’accompagne ?
— Ovide Trimardon ? Un sale type !...
Vers le fond du couloir, Antonia disait au marchand de femmes :
— Passe devant et prends un cabinet à l’Abbaye de Thélème… Je t’y rejoindrai bientôt…
— Et pour quel motif ne partons-nous pas ensemble ?
— Je veux sortir d’ici toute seule, comme j’y suis entrée !
Puis, lâchant brusquement son cavalier, elle revint dans le hall et frôla des noceurs qui la lorgnaient avec admiration et envie.
Quelques habitués murmurèrent des offres ; elle ne les agréa pas et sortit du Moulin-Rouge.
— Une voiture ma princesse ? cria Eugène, flanqué de son ami, le Beau-Nénesse.
La générale, sans répondre, marchait vers l’ Abbaye de Thélème.
— Nom de D… ! fit le Môme-Goupin, c’est ma cliente !
— Ah ! qu’elle est gironde ! déclara Lampier.
Et ils la suivirent.
Non loin de là, place Pigalle, sur le trottoir de l’Abbaye, Mme Le Corbeiller s’arrêtait, admirant la beauté merveilleuse du figurant de théâtre.
Vraiment, dans la lumière des arcs-de-fer à globes blancs et rouges, avec sa taille svelte, ses grands yeux bleus, ses lèvres roses, ses moustaches brunes naissantes et sa chevelure en cascades noires, il évoquait, malgré les modernes haillons, un de ces jeunes demi-dieux que nous ont transmis les rêves des antiques ; et si l’on ignorait l’Olympe, on s’attendait, comme en un conte de fées, à voir ce jeune prince dépouiller sa lamentable vêture et apparaître, éblouissant de pourpre et d’or.
La grande rousse eut une vibration de toute la charpente :
— Avance là !... Quel âge as-tu, mon garçon ?
— Seize ans, madame.
— Ton état ?
— Je travaillais avec deux aminches à Montparno…
Un coup de pied du Môme l’interrompit :
— Acré ! (attention) !
De même que la femme, désireuse, le gosse, éveillé à l’amour, s’oubliait, mais vite, il ajouta :
— Il leur est arrivé des malheurs, et, à présent je figure au théâtre des Batignolles.
— Tous les soirs ?
— A partir de demain… oui, madame.
Alors, tout près de lui, avec un tremblement dans la voix et des flammes en ses prunelles, Antonia risquait :
— Avec des yeux comme les tiens, une bouche comme la tienne, avec ton visage charmant… on ne peut pas... on ne doit pas être malheureux !... Ton nom ?
Le Beau-Nénesse, un des meilleurs disciples de la Terreur de Montparno, qui connaissait l’art du cambriolage et eût suriné un pante, devint timide sous l’orgueil et l’amour, et il balbutia :
— Ernest Lampier, madame.
— Tu loges chez tes parents ?
— Je n’ai plus de parents… et sans asile, je vais habiter chez le Môme-Goupin.
— Le Môme-Goupin ?
Eugène dit, vaniteux :
— Le Môme-Goupin, c’est moi, ma princesse !... Je suis dans mes meubles, rue du Mont-Cenis…
Des clients entraient à l’Abbaye de Thélème ; d’autres en sortirent.
La générale glissa une pièce d’or dans la main d’Ernest, et le visage allumé, gravit les marches du restaurant.
Dès qu’elle fut hors de vue, le Beau-Nénesse ouvrit la main pour regarder à la lumière ce qu’il venait de recevoir, une pièce de vingt francs :
— Un bonnet jaune ! Un sigle ! Un nap ! A s’est trompée, pour sûr, la gonzesse rupine (riche) et gironde !
— Veux-tu donc que je te dise, Beau-Nénesse, fit sérieusement le Môme, eh bien, je crois qu’elle te gobe, la particulière… T’es de la famille des Bidard, mon colon !... Tu vas rincer la dalle à Bibi !...
Et pendant que les deux voyous manifestaient leur joie en dansant la gigue sur le trottoir, Mme Le Corbeiller disait à un maître d’hôtel :
— Veuillez m’indiquer, mon brave, le cabinet de M. Ovide Trimardon ?
— Oui, madame, le numéro 9... M. Ovide a prévenu, et il attend madame… C’est donc vous ?
— C’est moi.
— Je vais vous faire accompagner.
Et, à un garçon qui passait :
— Balthazar, conduisez madame…
Au premier étage, comme le garçon introduisait sa clef dans la serrure du numéro 9, Antonia crut devoir l’arrêter :
— Vous vous trompez, mon ami… Il me semble entendre trois voix en ce cabinet, et la personne qui m’attend est seule…
Balthazar n’eut pas le temps de répondre ; la porte s’ouvrit, et Ovide Trimardon, attrapant son inconnue par la main, l’introduisit dans un petit salon orné de glaces, brillant de fleurs, et de lumières.
Mme Barbe-Bleue eut un geste de dépit, en voyant que son amoureux avait oublié sa promesse d’un tête-à-tête.
Avec Ovide se trouvaient Zozo Pattes-en-l’air et un gentleman paraissant avoir vingt-huit ans, tout petit, les cheveux et les moustaches d’un blond fadasse, la mine éreintée d’un incorrigible noceur, vêtu d’un smoking bleu, à la coupe anglaise, d’un gilet blanc, d’un pantalon gris, chaussé de bottines vernies pointues et d’une longueur extraordinaire – des bateaux d’enfant.
Sans se troubler, Ovide dit, la bouche en cœur :
— Ma chère belle, permettez-moi de vous présenter Mlle Zozo Pattes-en-l’air, dont vous avez pu, toute à l’heure, admirer les talents chorégraphiques, et de vous nommer également M. le duc Melchior de Javerzac, un de mes amis intimes.
A ce titre d’« ami intime », si délibérément octroyé par Trimardon, le jeune gentilhomme fit la grimace.
Devant les convives, Antonia fronçait les sourcils, hésitant à rester, malgré les douces paroles et les baisers d’Ovide.
— Voilà une admirable bougresse qui n’a pas l’air commode ! murmura le duc Melchior à l’oreille de la danseuse du Moulin-Rouge… Oh ! elle a de la ligne et de la branche !
Bonne fille, Zozo s’était approchée de la générale :
— Allons, allons, ma grande ! Faites donc pas de manières !... Partie carrée, quoi !... C’est bien plus rigolo !... Nous avons, le petit duc et moi, rencontré Ovide, et nous nous sommes invités... Où est le mal ?... Des gêneurs d’amour, nous ? Jamais !... Nous vous lâcherons au dessert !
Ce ne fut pas à l’apostrophe de Mlle Pattes-en-l’air qu’Antonia obéit, mais aux regards en même temps suppliants et prometteurs du grand brun.
Elle s’assit à côté de lui – et le médianoche commença.
Le duc Melchior de Javerzac était plein d’esprit ; Ovide excellait dans le calembour ; Zozo avait la blague canaille et le mot du ruisseau parisien ; et, la glace une fois rompue, Antonia, que Melchior appelait, en raison de son incognito, « la Princesse lointaine », se mit bien vite au diapason des convives.
On mangea des choses épicées, on but du champagne, du café, des liqueurs et l’étoile du Moulin-Rouge renouvela pour les intimes le pas, déjà très public de « La Grenouille », puis Zozo emmena chez elle M. de Javerzac et Ovide Trimardon resta seul avec Mme Le Corbeiller.
Ce mâle et cette femelle – ces deux animaux dignes l’un de l’autre – s’aimèrent goulûment et, à quatre heures du matin, la
grande rousse, lassata sed non satiata, se disposait enfin à partir, et le grand brun sonnait pour régler la dépense.
Balthazar parut, apportant l’addition sur une assiette ; Ovide y jeta les yeux, fouilla dans ses poches et eut un geste de détresse :
— Nom de D... ! Volé !... Je suis volé !
Le garçon ricana à l’oreille du marchand de femmes :
— Monsieur Trimardon, c’est le coup de la marmite, ça va bicher !
— Tais-toi, animal !
— Combien est-il dû, garçon ? fit Antonia, souriante.
— Quatre-vingt-dix francs, madame.
Elle lui jeta un billet de cent francs :
— Payez-vous et gardez !
Trimardon se révoltait ; mais, déjà, Balthazar avait encaissé le billet de la cliente.
Soigneuse de ses charmes, évitant les maternités et les dangers de l’amour, Mme Barbe-Bleue procéda, en le lavatory voisin, à une toilette des plus hygiéniques et, après avoir rajusté sa coiffure, elle embrassa le galant :
— A bientôt, mon ami… Je m’en vais…
— Je t’accompagne ! fit vivement Trimardon.
— C’est justement ce qu’il ne faut pas !
— Tu ne peux pas t’en aller seule, à cette heure ! Ce ne serait pas prudent !
— Ai-je l’air d’une femme qui a peur, Ovide ?
— Non... Mais…
— Il n’y a pas de « mais »… D’ailleurs, j’ai de quoi me défendre…
Elle tira de son manteau un revolver et un poignard et, montrant ces objets au grand brun :
— Voilà pour toi… si tu n’es pas sage… et pour les autres… s’ils m’embêtent… Tu vas me jurer de ne pas me suivre ?
— C’est ridicule !... Laisse-moi te mettre en fiacre ?
— Inutile !
Elle partait ; il courut à elle ; il la berçait entre ses bras :
— Quel est ton nom ? Je veux le savoir !
— Peau-de-Balle ! répliqua, joyeuse, la terrible aventurière.
— Ces mots ! Ces mots dans votre bouche !... Ah ! madame ! glapit l’homme, estomaqué.
— Cher monsieur, dit elle, amusée de l’ahurissement prodigieux de Trimardon, il ne faudrait pas me presser beaucoup non plus pour me faire rouscailler bigorne (parler argot) !
— Vous savez l’argot ?
— Je sais tout !
Et, lui campant un dernier et savoureux baiser sur les lèvres :
— Au revoir, mon amour ! Je t’écrirai chez toi, rue de Londres, pour te donner un nouveau rendez-vous…
Elle descendait ; mais l’homme, violant son serment, se précipita sur les pas de l’inconnue.
La place Pigalle était déserte, et Trimardon ne vit, au loin, qu’un fiacre qui s’éloignait.
Mme Le Corbeiller rentra en son hôtel de la rue Saint-Dominique par une porte du jardin et l’escalier de service.
Rapidement, la générale se dépouilla de sa toilette de bal, et Isis la revêtit d’une robe de soie noire.
Alors, toute vibrante encore des baisers de l’homme et toute souillée, malgré les lavages et les parfums, elle arriva dans la chambre du crime et, aux lueurs des flambeaux de la mort, s’agenouilla à côté d’Ève et des servantes qui priaient.
Oh ! la gueuse ! Oh ! la p….. ! Oh ! la charogne !
Des larmes inondaient sa figure ; mais elle n’avait pas une angoisse et, devant le mort glorieux, près de la douce vierge humaine, entre le Christ et l’eau bénite, elle rêvait d’érotisme et de sadisme, des attentats les plus infâmes et des sacrilèges les plus horribles, de Messes noires et d’hosties sanglantes : les animaux qu’elle connut à Hambourg, dans la ménagerie, et le jeune tigre qu’elle élevait et domptait, en une immense cage, dans le jardin de l’hôtel, se mêlaient aux hommes et aux femmes, exaltant toutes les perversions chez cette Barbe-Bleue, source de dangers et d’ignominies, cloaque d'impuretés, honte de la nature.
22:09 Publié dans II.1 Madame Le Corbeiller s'éloignait... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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