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Le procès

    Une information judiciaire pour « outrage aux mœurs » est ouverte par le parquet de la Seine , après la parution de La Traite des Blanches dans la presse. L’auteur et le gérant du Journal comparaissent alors devant la neuvième Chambre.
    Dans le même temps, l’intégralité des Derniers scandales de Paris est traduite devant les Assises de Flandres aux côtés du Jardin des supplices d’Octave Mirbeau, de L’homme en amour de Camille Lemonnier et d’Escal-Vigor de Georges Eeckoud.
    Une procédure avait déjà été engagée contre le Gaga pour des motifs similaires, à l’issue de laquelle l’auteur s’était vu contraint de purger une peine d’emprisonnement d’une durée de deux mois et le versement d’une amende de mille francs.
Outre le fait que certains notables se reconnaissent dans les portraits peu flatteurs de personnages à la moralité douteuse, il semble que l’évocation de la prostitution et de ses ramifications dans les hautes sphères se heurte à la censure.
    Cette fois, Jean-Louis Dubut de Laforest bénéficie de l’appui de Raymond Poincaré, alors député de la Meuse.
    Pour sa défense, l’auteur invoque le fait que La Traite des Blanches est loin des préoccupations du roman à clef : « Mes livres sont des études et non des pamphlets.».
    Une étude donc, qui se nourrit d’observations de terrain : « Pendant les voyages que, depuis trois hivers, je viens accomplir en le Paris nocturne, souvent tout seul, quelque fois avec des confrères et des médecins ou sous l’égide des principaux inspecteurs de la Sûreté […] j’ai mesuré le malheur autant que la débauche […] La traite des blanches – comme les autres « scandales » - c’est du roman, mais c’est aussi de l’histoire contemporaine, et la plus étrange, et la plus réelle. ».
    Si la justice des hommes fait montre d’impuissance face au fléau de la prostitution, l’auteur se fait « juge » au sein de sa propre fiction et supplée par là même à tous les manquements : « Vous me remercierez d’avoir – par l’exemple du châtiment – essayé d’enrayer ces artificielles amours qui sont, avec le brigandage de certains ovariotomistes, une des causes de la dépopulation de la France. ». Délivrer « une leçon sérieuse » tout en « divertissant », c’est ainsi que l’auteur définit sa mission d’écrivain.
    Au sortir du procès, Jean-Louis Dubut de Laforest et le gérant du Journal bénéficient d’un non lieu alors qu’un deuxième acquittement est prononcé par les Assises de Flandres.
    Placé en appendice du premier volume de La Traite des Blanches édité chez Fayard, la transcription du plaidoyer de l’auteur constitue un document éclairant tant d’un point de vue contextuel que littéraire.

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