<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?>
<rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
<channel>
<atom:link href="http://latraitedesblanches.hautetfort.com/ii-chapitre-2/index.rss" rel="self" type="application/rss+xml" />
<title>Dubut de Laforest : La Traite des Blanches - ii-chapitre-2</title>
<description>Édition critique</description>
<link>http://latraitedesblanches.hautetfort.com/ii-chapitre-2/</link>
<lastBuildDate>Sun, 15 Nov 2009 20:12:20 +0100</lastBuildDate>
<generator>HautetFort.com</generator>
<copyright>All Rights Reserved</copyright>
<item>
<guid isPermaLink="true">http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/10/et.html</guid>
<title>Chapitre II</title>
<link>http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/10/et.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (lulu)</author>
<category>II. Chapitre 2</category>
<pubDate>Mon, 10 Mar 2008 17:51:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Ovide Trimardon, l’homme auquel la générale Le Corbeiller avait donné rendez-vous à l’établissement de la place Blanche, se trouvait encore dans sa garçonnière, rue de Londres&amp;nbsp;; et, debout, en habit noir, sous un pardessus mastic, le haut-de-forme neuf et luisant, un peu sur l’oreille, le gilet à coeur barré d’une énorme gourmette d’or avec de gros diamants à ses boutonnières de chemise, des bagues aux doigts, robuste et trapu, le visage large et coloré, les paupières bridées, le nez fort, l’oeil inquisiteur, la moustache noire et drue, les dents éblouissantes, des mèches de cheveux collées aux tempes et allongées de sombres pattes de lapin – cet homme à ronde gueule de bouledogue menaçait de sa canne une jeune fille qui sanglotait, le front entre ses mains&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Puisque je te dis que tu seras très heureuse avec ces dames du &lt;i&gt;Perroquet&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Mais, non&amp;nbsp;! Je ne veux pas aller au b…&amp;nbsp;! J’aime mieux me replacer dans un Bouillon-Duval&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Etre servante de Bouillon, ce n’est pas une existence, mais, dame de lupanar-brasserie, c’est chouette&amp;nbsp;!... D’ailleurs, je me suis engagé&amp;nbsp;!... Tous les papiers en règle, à&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;la Préfecture&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;, bureau des Moeurs, et chez le père Sumatra&amp;nbsp;!... Allons, oust&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Et, malgré ses pleurs, Claire Massonneau, petite blonde de dix-sept ans que M. Ovide Trimardon venait de recruter dans un Bouillon-Duval, se vit obligée de monter en fiacre et de suivre son maître qui la déposa au &lt;i&gt;Perroquet Gris&lt;/i&gt;, une maison de tolérance, boulevard Rochechouart, avant de se rendre au Moulin-Rouge.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Seul, dans la voiture, Ovide alluma une cigarette.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Comment cet individu, pas beau et vulgaire, avait-il inspiré une passion et même un désir à la générale&amp;nbsp;? &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;Bien des femmes ont de ces mystères devant lesquels toutes les religions et tous les systèmes philosophiques sont comme des monarchies mortes&lt;/a&gt;, et la meilleure excuse est celle de M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Barbe-Bleue&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Elle aimait… les gros nez&amp;nbsp;!&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;L’homme au gros nez pratiquait&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;la Traite&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;des Blanches&amp;nbsp;: il allait dénicher des jeunesses dans les bouges, sur le trottoir, dans les ateliers, jusque dans leurs familles et à la campagne&amp;nbsp;; et jamais maquignon, sur un champ de foire, n’examina le cheval qu’il veut acquérir avec autant de science et de conscience que le faisait Ovide pour ses recrues.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;En sa garçonnière de la rue de Londres, il tenait à jour sa comptabilité&amp;nbsp;: &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;brouillard&lt;/a&gt;, journal, grand-livre&amp;nbsp;: il y inscrivait les noms, prénoms et domicile de la «&amp;nbsp;levée&amp;nbsp;», l’âge, la taille, l’état de santé, la forme du visage, la couleur de la chevelure et des yeux&amp;nbsp;; et à ce signalement physique et à ce bulletin médical, il joignait d’intimes expertises.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Quand il avait le temps, c’est-à-dire quand l’offre dépassait la demande, il s’intitulait «&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;conseil de révision&lt;/a&gt;»&amp;nbsp;; et, seul, incarnant le médecin-major et les cinq juges (préfet, conseiller de préfecture, général, conseiller général, conseiller d’arrondissement), il voyait parader ses «&amp;nbsp;levées&amp;nbsp;» devant lui, scrutait les dents, vérifiait la fraîcheur de l’haleine, palpait les trésors, et tout cela dans une attitude sévère et légale, et sans que sa chair d’homme éprouvât le moindre frisson au contact de toutes ces voluptés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Pour Trimardon, la femme était un objet, un bibelot, une marchandise naturelle et vivante&amp;nbsp;; et ses nombreuses et successives maîtresses, il les initiait aux labeurs complexes de l’amour – et moins par plaisir que par devoir&amp;nbsp;; il les pomponnait et souvent les truquait, avant de les exhiber au Bois, dans les cirques, les théâtres, les concerts et les restaurants, et de leur indiquer «&amp;nbsp;le monsieur ou… la dame à faire&amp;nbsp;», car l’ignoble Trimardon trimardait aussi en l’honneur de Lesbos.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Ne se jugeant pas assez distingué et académique dans le rôle d’un souteneur en &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;habit noir&lt;/a&gt;, et ne voulant pas arborer la casquette à trois-ponts, il se fit marchand, placier en femmes, comme d’autres le sont en vins, en graines, en soieries&amp;nbsp;; à, l’heure actuelle, il devait restreindre son commerce aux indications rapides qui lui valaient quelques louis ou à des fournitures plus ou moins avantageuses chez des proxénètes, telles que la baronne Lischen de Stenberg, ou encore à des placements de filles en de grandes maisons publiques ou même en la basse tolérance du boulevard Rochechouart&amp;nbsp;; il manoeuvrait toujours, plein de discernement, et si Claire Massonneau, l’ancienne servante du Bouillon-Duval, s’en allait échouer au &lt;i&gt;Perroquet Gris&lt;/i&gt;, c’est que le maître l’estimait à sa juste valeur.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Trimardon réclamait seulement de ses «&amp;nbsp;élèves&amp;nbsp;» une mensualité proportionnée &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;à leur gain, ou plutôt à leurs «&amp;nbsp;gants&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; mais il espérait étendre le négoce et voir chauffer et bouillir des marmites d’or à Paris, à Londres, à Berlin, à Vienne, à Rome, à Madrid, à Pétersbourg, dans toute l’Europe, sur toute la terre&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Expert en&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;la Traite&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;des Blanches, il opérait avec tant de ruse et de brio qu’il avait su se créer des relations honorables, être membre de plusieurs «&amp;nbsp;dîners&amp;nbsp;», de plusieurs cercles, et qu’on le voyait faire la fête en compagnie de gens appartenant à la meilleure société.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Ovide Trimardon et la baronne Lischen de Stenberg maquignonnaient les jeunes filles et même les enfants, et autour d’eux bataillait tout un peuple de mercenaires.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Nous les faisons agir, au cours de ce récit&amp;nbsp;; nous dévoilons leurs mensonges, entre les rires et les larmes&amp;nbsp;; et, pour notre oeuvre nouvelle, qui est le corollaire des D&lt;span style=&quot;font-variant: small-caps&quot;&gt;erniers&lt;/span&gt; S&lt;span style=&quot;font-variant: small-caps&quot;&gt;candales&lt;/span&gt; D&lt;span style=&quot;font-variant: small-caps&quot;&gt;e&lt;/span&gt; P&lt;span style=&quot;font-variant: small-caps&quot;&gt;aris&lt;/span&gt; et un acheminement vers le roman social, nous revendiquons l’honneur d’avoir précédé, une fois de plus – et notamment dans &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;l’&lt;i&gt;Abandonné&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; – les moralistes et les législateurs.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;En effet, par un de ces hasards merveilleux, joie et orgueil des écrivains, nous remettions au &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;le premier manuscrit de&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;La Traite&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;des Blanches&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;, un mois avant que&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;la &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;&lt;i&gt;National Vigilance&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Association&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;ouvrît, à Londres, le Congrès International pour la répression de cette même &lt;i&gt;Traite&lt;/i&gt;, avec le haut patronage de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;lord Aberdeen&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; font-family: 'Times New Roman'&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Georgia&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; font-family: 'Times New Roman'&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Place Blanche, sous le tournoiement des ailes rouges et lumineuses du Moulin, on voyait nombre de curieux et de badauds.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Des voitures s’arrêtaient, déversant, sur le péristyle illuminé, des &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;horizontales&lt;/a&gt; plus ou moins bien chapeautées et fleuries et des viveurs en habit noir&amp;nbsp;; çà et là, quelques peintres et statuaires de Montmartre ou des étudiants en veston et chapeau&lt;br /&gt; mou à larges bords, venus à pied ou en omnibus.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Toute la haute et petite noce se réunissait là, au sortir des théâtres, des concerts et des cirques&amp;nbsp;; du Casino, des Folies-Bergère, et il en arrivait encore et toujours des maisons galantes et des cercles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;On entrait pêle-mêle&amp;nbsp;; beaucoup d’individus, se disant journalistes, passaient gratis&amp;nbsp;; et, à la montée du hall, sur des fauteuils et des chaises de fer, s’allongeaient les habitués de l’établissement, les uns, isolés&amp;nbsp;; d’autres, entourés d’amis ou de joyeuses et prêts à glorifier les nouvelles étoiles de la danse et de l’amour. Plus loin, un peu avant l’orchestre dominant le bal, des groupes se formaient autour des célébrités chorégraphiques&amp;nbsp;: le grand Sans-Os, puis, le plus brillant élève du maître, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;Victorin-le-Déhanché&lt;/a&gt;, avec sa figure glabre et verte de Pierrot malade, ses longues jambes de faucheux, très Montmartre sous un veston de drap brun, gilet blanc, pantalon olive, haut de forme à bords plats, et, vraiment drôle, un genou plié, les deux mains tenant une ombrelle&amp;nbsp;; le partenaire du Déhanché, une sorte de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;Chicard&lt;/a&gt; en complet à carreaux&amp;nbsp;; les illustres dames&amp;nbsp;: &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://&quot;&gt;la Goulue&lt;/a&gt;, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;Grille-d’Egout&lt;/a&gt;, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;Rayon-d’Or&lt;/a&gt;, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii.html&quot;&gt;la Macarona&lt;/a&gt;, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;la Sauterelle&lt;/a&gt;, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;la Môme-Fromage&lt;/a&gt; et leurs émules, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;Zozo Pattes-en-l’air&lt;/a&gt;, gracieuse et jolie dans sa robe rouge, passementeries jaunes, les cheveux d’un roux vénitien dressés à la clownesse, et, immobile, sur le parquet, les cuisses étalées, ses poings aux hanches&amp;nbsp;; la blonde Bistoquette, en bleu&amp;nbsp;; la brune Grosses-Lèvres en rose, exhibant des dessous versicolores, la jambe droite à la hauteur du chapeau des hommes&amp;nbsp;; et d’autres danseurs et d’autres danseuses, tous payés&amp;nbsp;; et ces êtres allaient, venaient, pirouettaient, se fendaient, s’accroupissaient, se vautraient, se levaient, adroits comme des singes, ou réglés comme des automates, et dégageant, entre les artificiels parfums, une odeur d’animaux en rut.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Le «&amp;nbsp;clou&amp;nbsp;» de la fête de nuit&amp;nbsp;? Un cortège renouvelé des Grecs ou des Romains, et qui, pour nombre de spectateurs, ne valait pas les grands écarts de ces chers artistes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Mais la plus belle et la plus admirée c’était Zozo Pattes-en-l’air.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Tout le monde la connaissait dans le quartier, et bien des habitués du Moulin-Rouge avaient suivi les progrès de la ballerine-modèle, depuis la loge de sa mère, concierge, rue du Mont-Cenis, jusqu’à son appartement de la rue Rodier, et les ateliers de sculpteurs où, maintenant encore, elle posait «&amp;nbsp;l’ensemble&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Au dehors, des marchandes de fleurs et d’oranges, attelées à de petites voitures, stationnaient le long du trottoir&amp;nbsp;; des gamines accostaient les messieurs, surtout les vieillards, et leur accrochaient de force une rose à la boutonnière, avec de malins sourires et des gestes équivoques, et, cela, sous l’oeil vigilant des &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;mères&lt;/a&gt; embusquées dans l’ombre&amp;nbsp;; des voyous, jeunes et pâles, de la pâleur des prisons et des bagnes, habillés de vestons trop courts et coiffés de melons ou des hautes casquettes professionnelles, déambulaient çà et là, les mains dans les poches, et mâchonnaient des bouts de cigarettes&amp;nbsp;; et là-bas, sous les arbres morts, des &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;filles en cheveux&lt;/a&gt; erraient, transies de froid, &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;battant «&amp;nbsp; le quart des damnées&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;qui manque à l’&lt;i&gt;Enfer&lt;/i&gt;, du Dante.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Devant chaque voiture, des nuées d’ouvreurs de portières se précipitaient, offraient leurs services&amp;nbsp;; et, dans la multitude on observait un garçon d’une quinzaine d’années, aux yeux rougeâtres, aux cheveux blond pâle, et que sa mine, évocatrice de celle d’un caniche, avait fait surnommer&amp;nbsp;: le Môme-Goupin ou Gouspin, du vieux mot «&amp;nbsp;Gous&amp;nbsp;» (chien). Il portait une casquette de velours jadis vert&amp;nbsp;; son pantalon olive tombait, effiloché, sur des souliers trop vastes pour ses pieds d’enfant&amp;nbsp;; une blouse grise couvrait ses épaules maigres, et, sous la blouse, il avait, autour de ses reins, une ceinture de laine rouge toute neuve, décrochée, en passant, à un étalage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Le Môme-Goupin venait de s’accroupir sur le bord du trottoir, et il comptait la recette, une vingtaine de sous, plus une pièce de cinquante centimes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;D’une voix joyeuse et canaille, il murmura&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Chouette, &lt;i&gt;le birbe aux bacchantes savonnées&amp;nbsp;!&lt;/i&gt; (le vieux aux favoris blancs). Avec sa &lt;i&gt;crotte de pie&lt;/i&gt; (pièce de cinquante centimes), j’vas acheter du flan à&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;La Vrille&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;, ma gonzesse, et me payer un &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;crapulos&lt;/a&gt;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Comme il se dirigeait d’un pas traînard vers la boutique d’un marchand de tabac-liquoriste, dont la rouge carotte rayonnait à quelque distance, deux mains se posèrent sur ses épaules.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;L’ouvreur de portières se retourna et, dévisageant un camarade&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Vrai, c’est toi, le Beau-Nénesse&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Eh&amp;nbsp;! oui, mon cher Eugène, c’est moi, Ernest Lampier, en os et en viande&amp;nbsp;! C’est pas la peine de &lt;i&gt;ribouler des calots&lt;/i&gt; (écarquiller les yeux), ni de garder ensuite une &lt;i&gt;châsse à l’estorgue&lt;/i&gt; (un oeil louche)&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— D’où que tu sors&amp;nbsp;? Y a plus d’un an qu’on n’a reluqué ta &lt;i&gt;balle d’amour&amp;nbsp;&lt;/i&gt;? (joli visage).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Je &lt;i&gt;marnais&lt;/i&gt; (travaillais) avec la bande à Mathieu,&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;la Terreur&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;de Montparno, dans les environs de &lt;i&gt;Pantruche&lt;/i&gt; (Paris)&amp;nbsp;; on nous a chopés en train de &lt;i&gt;gourer au fric-frac une cambrouse&lt;/i&gt; (dévaliser avec effraction une maison de campagne)&amp;nbsp;; nous avons pu &lt;i&gt;nous faire la paire&lt;/i&gt; (fuir), Mathieu et moi… Il &lt;i&gt;bourlingue&lt;/i&gt; (exerce) maintenant par ici, et, depuis huit jours, moi, je suis artiste&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Artiste&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Oui, &lt;i&gt;bobineur&lt;/i&gt; (figurant) au théâtre des Batignolles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Mince&amp;nbsp;! fit Eugène.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Et considérant la tenue de l’autre&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Tout de même pour un artiste, tu n’as pas l’air d’en mener large&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Il avait raison, le Môme-Goupin. Ernest Lampier n’en menait pas large, dans sa veste d’alpaga, usée jusqu’à la corde, et attachée avec des épingles, son pantalon de toile bleue, son chapeau de feutre gris défoncé et ses pieds nus ballotant en des chaussons de &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;lisières&lt;/a&gt;. Oh&amp;nbsp;! non&amp;nbsp;! Il n’en menait pas large, du tout&amp;nbsp;; il paraissait même suer l’épouvantable &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;pégrenne&lt;/a&gt;, mais il était beau&amp;nbsp;: des yeux bleus profonds éclairaient le visage rose de cet éphèbe de seize ans, et de longs cils, bruns et soyeux, ombraient les paupières&amp;nbsp;; sa bouche purpurine montrait une denture éblouissante, et de noirs cheveux, des cheveux qu’auraient pu lui envier des femmes, retombaient en cascades sur ses épaules gracieuses.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Ah&amp;nbsp;! mon pauvre aminche, je n’ai pas seulement quatre ronds pour aller m’étendre dans un &lt;i&gt;garno de détorse&lt;/i&gt; (garni de misère), par ce mauvais &lt;i&gt;frisbi de cabot&lt;/i&gt; (froid de chien)&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Allons, viens, Beau-Nénesse&amp;nbsp;! dit Eugène, je te paye un verre&amp;nbsp;; ça te défigera la margoulette&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Le Môme-Goupin entraîna son ami chez le débitant liquoriste, acheta deux cigares d’un sou, en offrit un à Ernest et commanda deux verres de schnaps, sur le zinc&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— On ne casque donc pas à ton sacré &lt;i&gt;mireloque&amp;nbsp;&lt;/i&gt;? (théâtre).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Si, quinze ronds, par soir&amp;nbsp;; mais, voilà, je n’y suis que depuis huit jours, et je dois figurer encore une semaine à l’oeil, histoire de voir comment je navigue.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Eugène, le cigare aux dents, se grattait la tête, paraissant réfléchir&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Beau-Nénesse, je ne veux pas laisser un aminche dans la purée&amp;nbsp;! Tu viendras bâfrer et &lt;i&gt;souffler les clairs&lt;/i&gt; (dormir) chez moi&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Comment, t’as un chez toi&amp;nbsp;? fit Lampier, estomaqué.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Oui, j’ai une &lt;i&gt;cassine&lt;/i&gt; (logement) et un &lt;i&gt;bazar&lt;/i&gt; (mobilier)… Et j’ai «&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;itou&lt;/a&gt; » une &lt;i&gt;largue gironde&lt;/i&gt; (jolie femme)&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— T’es marié&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Q’t’es moule&amp;nbsp;! j’suis bien trop gosse&amp;nbsp;!…&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;La Vrille&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;aussi est trop &lt;i&gt;loupiotte&lt;/i&gt; (gamine)&amp;nbsp;; elle n’a que quatorze &lt;i&gt;berges&lt;/i&gt; (ans).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Elle &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;turbine&lt;/a&gt;&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Pas encore&amp;nbsp;; mais je la forme&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Et avec quoi que vous boulottez, alors&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— On se débrouille. Le soir, j’ouvre les portières au Moulin-Rouge et à &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;l’Abbaye de Thélème&lt;/a&gt;. Et puis, je &lt;i&gt;trôle&lt;/i&gt; (je fais des commissions).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Et tu ne &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;grinche&lt;/a&gt; plus&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Q’ t’es tourte&amp;nbsp;! Comment que j’entretiendrais ma gonzesse, si en dehors du &lt;i&gt;foulage&lt;/i&gt; (labeur), je ne grinchais pas, par-ci par-là… J’habite, rue du Mont-Cenis, une boite dont la maman de Zozo Pattes-en-l’air est concierge et où il y a une chouettaude gonzesse, M&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt; Georgette Lagneau, dite Fleur-de-Paris.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Une &lt;i&gt;lésébombe&lt;/i&gt;&amp;nbsp;? (basse prostituée).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Non… Fleur-de-Paris vit avec sa &lt;i&gt;daronne&lt;/i&gt; (mère), une marchande d’oranges&amp;nbsp;; elle travaille dans les modes, et, en dehors de son amant, le sculpteur César Brantôme, elle a les &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;pieds nickelés&lt;/a&gt;&amp;nbsp;!... Oui, Ernest&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Une voiture arrivait devant le Moulin-Rouge&amp;nbsp;; Eugène lança deux pièces de dix centimes sur le zinc, et bondit dehors, criant&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Espère-moi, Beau-Nénesse&amp;nbsp;; j’viendrai te cueillir tout à l’heure&amp;nbsp;!...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Il apparut&amp;nbsp;; le fiacre s’arrêtait. Vivement, il ouvrit la portière, et ôtant sa casquette, présenta la main à une dame qui allait descendre&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Faut prendre garde, belle madame… Le pavé est glissant, ce soir…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;La nouvelle venue s’appuya légèrement sur le bras du Môme et sauta à terre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Mais, comme elle s’éloignait, oubliant le pourboire, il glapit&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Madame… votre porte-monnaie&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Vous l’avez trouvé, mon garçon&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— Oh&amp;nbsp;! non, ma princesse, mais je pensais que vous l’aviez perdu, puisque vous n’aboulez rien à votre ouvreur&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Elle lui jeta une pièce blanche&amp;nbsp;; et, observant l’inconnue en pleine lumière, le Môme poussa une exclamation admirative&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;— En voilà une de gironde et de bien &lt;i&gt;ortie&lt;/i&gt; (habillée)&amp;nbsp;! Elle sait le chemin, et jamais je n’avais reluqué sa belle gueule&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Barbe-Bleue faisait son entrée au Moulin-Rouge.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;De partout s’élevaient des clameurs&amp;nbsp;: un cercle d’hommes et de femmes entouraient un quadrille sensationnel, au bruit d’une musique infernale&amp;nbsp;; on se pressait, on se heurtait, on se bousculait&amp;nbsp;; les vieux habitués et les consommateurs avaient abandonné leurs places et leurs verres&amp;nbsp;; on montait sur les chaises, on escaladait les tables, on s’accrochait aux colonnes du hall, pour mieux voir, et tout le monde criait, beuglait, excitant du geste et de la voix les «&amp;nbsp;premiers sujets&amp;nbsp;» en leur chorégraphie transcendante.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;La générale passa, hautaine, et il y eut tant de souveraineté dans son allure, tant d’énergie en son regard, que la foule s’ouvrit d’elle-même pour lui livrer passage jusqu’au premier rang des spectateurs.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Victorin-le-Déhanché et Zozo Pattes-en-l’air terminaient, avant l’arrivée du grand cortège – clou de la fête – le pas autrement intéressant de la «&amp;nbsp;Grenouille épileptique&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Très allumée, très vivante dans sa robe de soie rouge aux illustrations jaunes, avec ses cheveux roux et clownesques, Zozo bondissait, gambadait, tournoyait, s’ébrouait en un ballonnement de jupes versicolores et orageuses, sous un maillot de clair satin, laissant deviner la fermeté de ses chairs et la valeur de ses contours&amp;nbsp;; puis, s’arrêtant brusquement, «&amp;nbsp;elle présentait les armes&amp;nbsp;» – la jambe gauche ou la droite – au Déhanché qui, debout sur ses mains, la tête pâle et triste, manoeuvrait ses pieds dans une rotation d’ancien télégraphe.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Or, ce n’était plus sur Victorin-le-Déhanché, ni sur Zozo Pattes-en-l’air que convergeaient maintenant tous les yeux&amp;nbsp;: femmes envieuses et hommes jouisseurs se tournaient vers la grande dame en faille violette et au chapeau Lamballe, portant sur un bras un manteau de renard bleu, et qui, heureuse d’allumer les désirs des deux sexes, paraissait chercher quelque chose ou quelqu’un.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;A un moment, les regards de M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Barbe-Bleue se fixèrent sur Ovide Trimardon que, par une éclaircie, elle apercevait au fond de la mêlée humaine.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Sans doute, l’homme ignorait encore la présence d’Antonia, car il ne bougea pas, tandis que la générale se dirigeait vers lui.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;Le &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/archive/2008/03/14/notes-chapitre-ii-suite.html&quot;&gt;quadrille naturaliste&lt;/a&gt; venait de finir, dans un ouragan de bravos, et Pattes-en-l’air, huchée sur les épaules de ses admirateurs, accomplissait, autour de la salle, une promenade triomphale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;left&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; line-height: 130%; font-family: Georgia&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/i-1-en-attendant-le-diner/&quot;&gt;Page Précédente&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://latraitedesblanches.hautetfort.com/ii-1-madame-le-corbeiller-s-eloignait/&quot;&gt;Suite...&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt; &amp;nbsp;&lt;/div&gt; 
</description>
</item>
</channel>
</rss>